Le château de Himeji (姫路城) est l’un des symboles du Japon traditionnel dans l’imaginaire collectif, aux côtés du mont Fuji ou des rues de Gion, le quartier des geisha de Kyoto. Les châteaux japonais convoquent irrésistiblement tout un imaginaire autour du Japon féodal : samouraïs, batailles épiques, mais aussi fantômes et yokai (ces créatures fantastiques du folklore nippon). On pense aussi à toutes ces photographies magnifiques de châteaux encadrés par des branches de cerisiers en fleurs, vues dans les magazines de voyages ou sur les réseaux sociaux. Il n’est donc pas étonnant que l’image du château de Himeji, souvent considéré comme le plus beau de tous les châteaux japonais, soit aujourd’hui connue de tous, et présente jusque dans les œuvres de pop culture japonaises et internationales.

Le château de Himeji, vu depuis le parc de Sannomaru

La silhouette élégante du château domine la ville de Himeji. Ici, dans le parc de Sannomaru, en accès libre à l’intérieur de l’enceinte.

Le château du héron blanc, un chef d’œuvre de l’architecture japonaise

La grande majorité des châteaux du Japon a été détruite suite à la restauration de Meiji en 1868, la plupart de ceux que l’on peut voir aujourd’hui sont donc des reconstructions modernes, souvent en béton. Mais il reste 12 châteaux japonais ayant conservé leur donjon d’origine, dont 5 dans la région de Setouchi : ceux de Bichu Matsuyama dans la préfecture d’Okayama, Marugame dans la préfecture de Kagawa, Matsuyama et Uwajima dans la préfecture d’Ehime et, le plus célèbre, celui de Himeji dans le préfecture de Hyogo, premier château japonais à avoir été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, en 1993.

Donjon de château japonais en contre-plongée

Le château de Himeji se distingue notamment par ses murs recouverts de plâtre blanc et les dimensions monumentales de ses bâtiments.

Le château de Himeji fut construit au début du XVIIe siècle, époque considérée comme celle de l’apogée des techniques de construction des châteaux au Japon. Son donjon aux murs de plâtre immaculé et aux courbes élégantes, perché sur de hauts murs de pierre, domine la ville du haut de ses 46,5 mètres — ce qui correspond à peu près à un immeuble de 17 étages ! Mais le château ne se réduit pas à ce donjon, si impressionnant qu’il soit : il s’agit en fait d’un ensemble de 82 bâtiments, dans une enceinte de 107 hectares. C’est un chef d’œuvre d’architecture défensive, conçu comme une forteresse imprenable, mais d’un raffinement extraordinaire. Certains éléments pensés pour des raisons pratiques, comme les murs incurvés pour en rendre l’ascension quasi-impossible, ou le plan labyrinthique fait pour ralentir la progression d’envahisseurs, ont une valeur esthétique indéniable.

Vue sur l’enceinte du château du Himeji depuis son donjon

On devine l’étendue de l’enceinte depuis les fenêtres du donjon.

Un autre élément qui m’a frappée, bien que ce ne soit pas encore la saison de la floraison lors de ma visite, c’est l’impressionnante quantité de cerisiers plantés aux alentours du château. Alors que je racontais mon voyage à des amis japonais, ils m’ont appris que si les abords des châteaux japonais sont si souvent plantés de sakura, ce n’est pas uniquement pour des raisons esthétiques, mais pour renforcer le sol autour des fondations grâce à leurs racines (voire aussi, selon certaines théories, grâce au piétinement des foules venu admirer les cerisiers en fleur lors du hanami).

Il ne faut cependant pas imaginer des samouraïs des temps anciens dans ce décor de carte postale : cette pratique ne s’est développée qu’après la restauration de Meiji. Ces cerisiers témoignent d’un changement d’époque, où le château perd son usage de forteresse et de centre du pouvoir pour devenir un lieu public aux fonctions touristiques et esthétiques.Si vous voulez en apprendre plus sur le château de Himeji, nous avons déjà décrit plus en détail les singularités de son architecture, ainsi que son histoire, dans cet article.

Les plus belles vues du château de Himeji

Le château domine la ville de Himeji et peut être admiré depuis des sites parfois éloignés — ne manquez pas de le guetter par la fenêtre si vous passez par Himeji en train. Il est intéressant de noter que des règles d’urbanisme strictes ont été mises en place afin de protéger non seulement le château lui-même, mais aussi les vues sur château depuis les alentours.

Je suis donc partie à la chasse aux points de vue d’où admirer le château de Himeji depuis l’extérieur de son enceinte, en voici quelques-uns.

|1, Vue sur le château depuis la terrasse de la gare de Himeji

En sortant de la gare, on se retrouve face à la rue Otemae, une large avenue longue d’1 km, qui relie en ligne droite la gare et le château. Le cliché du Japon “entre tradition et modernité” prend ici tout son sens et s’incarne incontestablement. Mais pour vraiment admirer cette vue, il faut prendre un peu de hauteur et monter sur la terrasse aménagée à cet effet — accessible via un escalier et un ascenseur, juste devant la sortie nord de la gare.

Vue sur le château d’Himeji entre les immeubles de l’avenue Otemae, depuis la gare

Le château semble minuscule encadré par les buildings qui bordent l’avenue Otemae, mais il ne faut pas se fier aux apparences : il est à plus d’1 km de distance.

|2, Le château surplombant un pont rouge, et encadré par des cerisiers (en fleurs)

J’avais vu cette image de nombreuses fois, et j’ai trouvé l’endroit d’où elle est prise en faisant le tour des remparts extérieurs. Longez les remparts par l’est et approchez-vous des douves, entre le sanctuaire Hyogoken Himeji Gokoku (姫路護国神社) et le zoo : cette image on ne peut plus japonaise apparaîtra, avec un coin de mur d’enceinte, un petit pont rouge, le donjon blanc du château au loin et des branches de cerisiers au-dessus — en fleurs si c’est la saison, mais dans ce cas il y a fort à parier qu’il faudra faire la queue pour admirer la vue et prendre la parfaite photo de carte postale.

Château japonais et pont rouge qui traverse les douves

Il ne manque plus que les fleurs de cerisier pour compléter le tableau typiquement japonais.

|3, Le reflet du château sur la façade du Musée d’Histoire de la Préfecture de Hyogo

Cette vue est sans doute la plus originale, et celle qui m’a le plus enthousiasmée par son inventivité. Le célèbre architecte Kenzo Tange a conçu le Musée d’Histoire de la Préfecture de Hyogo de manière à ce que le château se reflète sur une façade du bâtiment à l’architecture contemporaine. Un procédé ingénieux qui fait sens pour ce musée qui abrite des collections relatives au château de Himeji.

Reflet du château de Himeji dans le bâtiment du Musée d’Histoire de la Préfecture de Hyogo de l’architecte Kenzo Tange

Château féodal et musée contemporain fusionnent grâce à la créativité de l’architecte Kenzo Tange.

|4, La façade nord du château encadrée de fleurs depuis le Parc commémoratif de Shirotopia

Le Musée d’Histoire de la Préfecture de Hyogo se trouve dans le Parc commémoratif Shirotopia, il suffit donc de se retourner pour voir “en vrai” l’image reflétée par le bâtiment. Une balade dans le parc offre de beaux points de vue sur le donjon, mais aussi un cadre idéal pour une pause.

 Le château de Himeji, au-dessus de massifs floraux du parc Shirotopia

Ici aussi, il ne manque plus que les cerisiers en fleurs pour une image printanière du château de Himeji.

e n’ai pas eu le temps d’explorer les alentours à la découverte d’autres points de vue, mais ils sont nombreux. Une brochure de l’office du tourisme évoque notamment l’observatoire au 5e étage d’Egret Himeji (イーグレひめじ, un bâtiment municipal), la vue sur l’un des plus beaux angles du donjon depuis les hauteurs du mont Otoko (男山), ou le Musée de la Littérature de Himeji, d’où l’on peut voir le château au loin, en arrière plan du bâtiment conçu par l’architecte de renommée internationale Tadao Ando. Ce ne sont bien sûr que quelques pistes, et tout le plaisir est de trouver par soi-même son point de vue préféré sur le château.

Le château de Himeji inspire l’art et la culture populaire

Un tel bâtiment ne saurait laisser indifférent. L’art et la culture populaire s’en sont emparés très tôt, et il est aujourd’hui un véritable symbole du Japon, au point de figurer dans diverses œuvres de pop culture internationale : de James Bond au jeu de construction nanoblock, en passant par des jeux vidéo comme Civilization.

Allée menant au donjon d’un château japonais, aux murs percés de meurtrières géométriques

L’enceinte du château de Himeji est un véritable dédale fait pour ralentir l’ennemi.

L’histoire du château de Himeji dans la culture populaire commence tôt, peu après sa construction, il sert déjà de décors à des légendes. D’abord l’histoire d’Okiku, une servante jetée dans un puits pour avoir cassé une assiette précieuse, et dont le fantôme hanterait toujours celui-ci. Mais la plus célèbre est celle d’Osakabe Hime (刑部姫), un yokai redoutable aux origines mystérieuses, qui habite le donjon du château et aurait notamment précipité la mort du seigneur de Himeji, le daimyo Terumasa Ikeda. Elle serait peut-être une renarde, ou même un kami (une divinité shinto), déplacé lors de la construction du château puis réintégré dans un sanctuaire que l’on peut voir aujourd’hui au dernier étage du donjon. Osakabe Hime a inspiré une pièce de théâtre kabuki éponyme, et apparaît dans le jeu vidéo Fate/Grand Order (F/GO).

Intérieur du Nishinomaru Yagura-gun, dans le château de Himeji

L’intérieur du château de Himeji se prête aux histoires mystérieuses, comme ce couloir long de 240 mètres dans le Nishinomaru Yagura-gun.

Au-delà des légendes, c’est bien souvent l’architecture même du château qui lui vaut sa popularité :il existe différentes versions du château de Himeji dans des jeux de construction, c’est aussi un bâtiment populaire sur le jeu vidéo Minecraft.

Donjon du château de Himeji vu en contre-plongée

Le donjon impressionne par son architecture imposante.

Le château de Himeji a également servi de décor à plusieurs films japonais et internationaux. Le grand Akira Kurosawa a tourné là une partie des films Ran (1985) et Kagemusha, l’ombre du guerrier (1980). C’est aussi le décor choisi (pour représenter le château d’Osaka) dans la mini-série télévisée Shogun, adaptée du roman de James Clavell en 1980, et dans un film qui n’utilise pas le château comme décor d’époque pour une histoire de samouraïs mais comme un supposé centre secret d’entraînement de ninja (sic) : On ne vit que deux fois, un James Bond de 1967 avec Sean Connery dans le rôle principal, et l’écrivain Roald Dahl au scénario.

Comment se rendre au château de Himeji ?

Le château de Himeji est accessible en une quinzaine de minutes de marche depuis la gare de Himeji (姫路駅), desservie par le train à grande vitesse Shinkansen qui relie Tokyo à Fukuoka, en passant entre autres par Kyoto, Osaka et Hiroshima.

Se rendre au château de Himeji depuis Kyoto

La liaison entre Himeji et Kyoto est directe, par la ligne JR Tokaido-Sanyo. Comptez entre 45 minutes et 1 heure en train à grande vitesse Shinkansen, ou 1h30 en train rapide.

Se rendre au château de Himeji depuis Osaka

La liaison entre Himeji et Osaka est directe, par la ligne JR Tokaido-Sanyo. Comptez entre 45 minutes et 1 heure en train à grande vitesse Shinkansen.Il existe également une liaison directe via la ligne Hanshin au départ de la gare d’Umeda. Comptez alors 1h45. Cette l’option la moins coûteuse pour ceux qui voyagent sans JR Pass.

Se rendre au château de Himeji depuis Kobe

La liaison entre Himeji et Kobe est directe, par la ligne JR Tokaido-Sanyo. Comptez 37 minutes en train “Special Rapid Service” (新快速). Le Shinkansen ne présente pas d’avantage notable au départ de Kobe.

Se rendre au château de Himeji depuis Tokyo

La liaison entre Himeji et Tokyo est directe, par la ligne JR Tokaido-Sanyo. Comptez environ 3 heures en train à grande vitesse Shinkansen.

Le donjon du château de Himeji derrière des murs de fortifications

Même si je l’avais vu et revu en photo et représenté sous diverses formes, me trouver face au château de Himeji m’a décontenancée. On a beau être conscient de la beauté et de la grandeur d’un tel monument, rien ne nous prépare à ce que l’on ressent lorsqu’on se trouve devant. On comprend aisément pourquoi ce château inspire tant de créateurs, et pourquoi il est si présent dans l’iconographie japonaise. Son statut de symbole n’est certainement pas usurpé, mais le seul moyen d’en prendre la mesure, au sens propre comme au figuré, c’est de le visiter.

Texte & photographies, Clémentine Cintré

Informations pratiques
Adresse : 68 Honmachi, Himeji, Hyogo 670-0012
Horaires : 9h-17h, dernière entrée à 16h (du 27 avril au 31 août : 9h-18h, dernière entrée à 17h)
Tarifs : 1000 yens / 300 yens pour les moins de 18 ans
Billet combiné château + jardin Kokoen : 1040 yens / 360 yens pour les moins de 18 ans
Site Internet
Le château de Himeji attire de nombreux visiteurs, notamment lors de la floraison des cerisiers (fin mars-début avril), pendant la Golden Week (fin avril-début mai), ainsi que durant les week-ends et les jours fériés. Les entrées sont alors régulées, il est donc nécessaire de venir tôt le matin pour acheter un billet d’entrée. Un calendrier de prévisions de la fréquentation est disponible en ligne, ainsi qu’une estimation en temps réel du nombre de visiteurs et du temps d’attente sur la page d’accueil.