Se rendre au musée préfectoral d’art de Hyogo en taxi depuis le centre ville vous reviendra à seulement 1300 yen. Mais si vous disposez d’un peu de temps, il n’est pas désagréable de profiter de l’air marin en longeant le bord de mer à pied jusqu’au musée. J’ai pour ma part fait l’inverse, en terminant ma visite par cette promenade au crépuscule, me frayant un chemin parmi les joggers et passant devant les pêcheurs tandis que je longeais l’eau pour revenir au centre ville.

À l’intérieur, d’immenses salles ouvertes remplies d’œuvres japonaises et européennes attirent le regard et fournissent surtout un aperçu fascinant de la scène artistique de Kobe. La collection exposée, côté japonais, documente des périodes amusantes, comme le radicalisme, et des expressions plus sombres et sérieuses, et offre un retour dans le passé vers les années 70.

Lors de ma visite, le personnel me conduisit jusqu’à l’exposition consacrée aux trésors du musée de l’Ermitage. La première œuvre à m’accueillir ? Un immense portrait de Catherine la Grande. Il me sembla tout à fait approprié que la Tsarine soit présente au sein de ces halls de béton colossaux dédiés à l’art.

L’univers des anciens maîtres d’Europe semblait tout aussi bien trouver sa place aux murs d’un musée de Kobe la cosmopolite. À vrai dire, avoir l’opportunité d’observer de telles œuvres d’art sans avoir à subir la foule généralement agglutinée dans les expositions de Tokyo fut un véritable plaisir.

Le musée regorge de sculptures, de peintures, d’installations et d’autres travaux de Tadao Ando. L’école supérieure que j’ai d’ailleurs fréquenté à Tokyo se trouvait dans un bâtiment désigné par Ando, avec un magnifique extérieur de béton très audacieux, et un intérieur bien souvent déroutant. Au musée préfectoral d’art de Hyogo, vous pourrez pleinement prendre la mesure de l’étendue des travaux de ce maître de l’architecture.

Suite au tremblement de terre de Kobe de 1995, le musée déménagea dans un bâtiment rénové au bord de l’eau. En visitant Kobe aujourd’hui, on ne trouve que peu de témoignages de cette époque difficile que la ville a su surmonter.

La reconstruction de la ville a d’ailleurs été si réussie que quiconque visite Kobe sans avoir connaissance de l’histoire tragique de la ville ne saurait s’en rendre compte. Le musée, quant à lui, est devenu l’un des symboles de cette reconstruction pour les habitants.

Un peu plus haut sur la même route, à seulement 20 minutes à pied, vous trouverez une annexe du musée préfectoral d’art de Hyogo, abritant le musée d’art contemporain Yokoo Tadanori. Depuis 2012, ce centre dédié à l’artiste influent propose des expositions temporaires et permanentes de ses œuvres. Le studio ouvert au premier étage ainsi que les espaces de lecture au quatrième sont accessibles gratuitement, mais il faudra vous munir d’un ticket payant pour accéder au reste du musée, dont le tarif peut varier selon l’exposition du moment.

À mi-chemin entre le musée préfectoral d’art de Hyogo et le musée d’art contemporain Yokoo Tadanori, vous trouverez le musée d’art BB Plaza, dont les murs sont couverts d’œuvres de peintres Japonais côtoyant des peintures de Renoir, Chagall et d’autres artistes du fauvisme.

Cette route des musées, telle que les connaisseurs la nomment, comprend en plus de ces trois galeries plusieurs sculptures en extérieur, telle que l’immense « Sun Sister » par Yanobe Kenji (connue dans le coin sous le nom de « Nagisa »), ou la grande « Kobe Frog » gonflable de Florentin Hofman (non exposée par mauvais temps).

Levant les yeux en direction de l’immense « Sun Sister », avec le musée préfectoral d’art de Hyogo en arrière-plan, il faut bien avouer que le bâtiment a quelque chose de grandiose. Par son emplacement en bord de mer et les lignes audacieuses et modernes de son architecture, le bâtiment fait penser à un site sacré surplombant le paysage alentour. Comme s’il avait été érigé pour célébrer la créativité, capable de surmonter tous les obstacles rencontrés en chemin. Kobe offre ici à tous ses visiteurs un véritable sanctuaire dédié à l’art.

Texte de Julian Littler et photographies de Julian Litter & Peter Chordas