Vu du parking à l’extérieur du Joei-ji, l’enceinte du temple apparaît majestueuse – un contraste frappant avec les couleurs et les formes de la nature qui l’entoure. Avec la ville de Yamaguchi derrière moi, j’ai l’impression qu’une aventure m’attend dans les collines, le temple étant le portail vers un autre monde fantastique.

Je ne peux pas encore le voir, mais j’ai déjà hâte de visiter le jardin plus que renommé du temple, imaginé voilà 500 ans par Sesshu, l’un des plus grands peintres du Japon.

Le temple se trouve à son emplacement actuel depuis 1869 et la fin de la période Edo. Mais après un incendie, le bâtiment actuel n’est en fait qu’une reconstruction de 1931. Le Joei-ji n’est pas particulièrement grand, mais il abrite une multitude de détails intéressants. Et le jardin de pierres zen justifie en lui-même la visite.

Cependant, de tous les mérites du temple, j’étais bien venu avec une seule priorité – voir le chef d’œuvre de Sesshu.

En sortant du pavillon principal pour m’aventurer dans le jardin, je suis d’abord surpris par les pierres, disposées devant le lac artificiel et entourées de verdure.

J’admire un moment le paysage, avant de comprendre que ce que je vois n’est pas encore le jardin de Sesshu. Je me dirige donc au bon endroit, un peu plus loin derrière le pavillon. Ce que j’y découvre dépasse de loin toute mes attentes.

Mon premier mouvement est de me demander à quoi devait ressembler le jardin avant qu’il ne soit déplacé ici, il y a 150 ans.

Quand ce jardin a été créé il y a cinq cents ans, la ville de Yamaguchi était le cœur vibrant d’une région commerçante, étant donné sa situation à l’extrémité ouest de Honshu, l’île principale. Son plan s’inspirait de celui de Kyoto. Durant ces années opulentes, le seigneur féodal s’est tourné vers l’artiste le plus célèbre du pays pour dessiner un jardin. Celui que je contemple en ce moment-même.

Sesshu avait étudié en Chine durant trois ans avant de rentrer dans son pays et d’y devenir un artiste reconnu. Il est encore aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs peintres paysagers du Japon – pour des œuvres sorties de son imagination, mais où se trouvent des éléments identifiés.

Bien qu’il ne soit pas aussi connu pour ses créations physiques, Sesshu avait également une réputation d’être à même de concrétiser ses coups de pinceaux dans de vrais jardins. Sa création au Joei-ji est la quintessence du zen, se débarrassant de tout le superflu, un peu comme la concrétisation de l’une de ses calligraphies, mais en utilisant le minéral, le végétal et l’eau.

Avec le mélange de couleurs automnales brutes et d’à-plats de vert plus doux, je peux presque m’imaginer étant au cœur de l’une des peintures de Sesshu. Il s’agit définitivement de ce type de création qui inspirait encore davantage l’artiste pour de nouveaux tableaux imaginaires.

Quittant à contre cœur le jardin, il est temps pour moi de voir l’un de ses tableaux. Je me dirige donc vers le musée d’art de Yamaguchi, voisin, pour découvrir un chef d’œuvre découvert récemment. La peinture a été identifiée comme étant de Sesshu en 2017 seulement, et le paysage qu’elle dépeint est remarquable. Il s’agit d’une scène montagneuse, où se croise des rochers, des arbres, et un izakaya au bord de l’eau. Le trait de Sesshu est minutieux et séduisant.

Voir le tableau juste après le jardin, où j’essayais déjà de comprendre l’artiste, me permet de l’imaginer avec encore plus de précisions. En marchant dans les allées du musée, devant d’autres peintures, ou des copies datant de l’ère Edo, je ne suis pas encore rassasié, j’ai envie de revoir le jardin du temple pour l’examiner en détail.

En quittant finalement les pièces sombres, je retrouve rapidement la réalité, mais en promettant silencieusement de continuer d’explorer le travail de Sesshu.

Texte et photographies de Julian Littler